Les trompettes du 11ème régiment de cuirassiers
à la Belle Époque
par Frédéric Conrad.
Le 11ème régiment de cuirassiers était un régiment « à double héritage &rauo; qui reprenait les traditions issues d’une part du ci-devant régiment de Royal-Roussillon-cavalerie et d’autre part des carabiniers.
En 1791, le régiment Royal-Roussillon, formé en 1652 sous le nom de Monclar, devint le 11ème régiment de cavalerie et en 1803 le 11ème régiment de cuirassiers. Ce régiment fut dissous en 1815, ses éléments subsistant après Waterloo étant versés dans le régiment des cuirassiers d’Orléans (n°5).
En 1865, les deux régiments de carabiniers furent fusionnés pour former le régiment des carabiniers de la Garde impériale. En 1871, les débris de ce régiment entrèrent dans la composition d’un nouveau 11ème régiment de cuirassiers.
En garnison à Saint-Germain-en-Laye, le 11ème cuirassiers faisait partie des troupes participant aux parades parisiennes : 14 Juillet, traditionnelle revue de printemps, visites des chefs d’État étrangers. En effet, à l’époque, la légion de la garde républicaine n’était chargée que de fonctions de service d’ordre dans la capitale et le service d‘honneur et les escortes était assurés par les cuirassiers.
De 1902 à 1905, le 11ème cuirassiers fut commandé par le colonel Paul Virvaire. Bon soldat et excellent cavalier, il était aussi un musicien renommé. Aussi créa-t-il au sein de son régiment une fanfare à cheval qu’il avait dotée, outre lestrompettes d’ordonnance, de trompettes basses qu’il avait acquises de ses propres deniers. Il avait fait confectionner également à ses frais des flammes en forme d’écusson avec le chiffre 11 rouge sur fond bleu et encadré de franges d’épaulettes.
Les trompettes portaient l’uniforme de la troupe avec la cuirasse, le casque orné d’une crinière rouge et des épaulettes blanches. Un galon de fonction tricolore bordait le collet et les parements. Le trompette-major et le brigadier trompette portaient le plumet tricolore.
Nous savons qu’en 1909 l’adjudant trompette-major était Louis Letoré, né le 1er février 1867 en Haute-Marne, entré en service le 3 octobre 1888, maréchal des logis trompette-major le 19 mars 1892 et promu adjudant trompette-major le 27 juillet 1906. Il était toujours noté à l’effectif du régiment en 1911.
Le colonel Virvaire avait aussi acquis un glockenspiel[1] dont il fit remplacer les queues de cheval blanche et rouge par des crinières noires.
La fanfare comprenait une tarole ou caisse claire mais le colonel fit ajouter un timbalier. Les timbaliers, dont certains régiments avaient conservé la tradition jusqu’à la fin du Second Empire, avaient disparu avec la fin des corps d’élite qui les employaient. Quelques régiments tentèrent de faire revivre la coutume et ce fut ainsi le cas au 11ème cuirassiers.
Le timbalier était l’un des trompettes du régiment et il portait ainsi la même tenue que ses collègues.
Le colonel avait fait confectionner des tabliers de timbale par le maître tailleur sous la direction du lieutenant Massieu, chargé de la fanfare.
Chaque tablier était bleu foncé bordé d’un triple galon garance et d’une frange de même, entouré d’un galon tricolore formant festons à la partie supérieure et des volutes à la partie inférieure et sur les côtés. Au centre, un carré bordé de blanc (ou de jaune) comportait une cuirasse dorée, ornée d’un soleil comme aux carabiniers dont est issu le régiment, encadrée de lauriers et de chêne et surmontée du numéro 11. En temps ordinaire, ces tabliers ornaient les meubles de la salle d’honneur du régiment.
Curieusement, le timbalier menait la tête de la fanfare depuis son casernement jusqu’aux portes de Paris et, intra-muros, il reprenait ses fonctions de trompette ; puis il réapparaissait dès que la fanfare se retrouvait hors de la capitale. À noter que le cheval de ce timbalier était dirigé par une longe attachée au mors de filet et tenue par un cavalier qui le côtoyait et non par des rênes fixées aux étriers.

(Collection Frédéric Conrad)


(Collection Frédéric Conrad)

(Collection Frédéric Conrad)

(Collection Frédéric Conrad)

(Collection Frédéric Conrad)

(Collection Frédéric Conrad)

Maréchal des logis trompette-major Eugène Vasseur.
(Collection Frédéric Conrad)






(Collection Frédéric Conrad)

(Collection Frédéric Conrad)

(Collection Frédéric Conrad)

