Les trompettes du 16ème régiment de dragons
à la Belle Époque


par Frédéric Conrad.

Le 16ème régiment de dragons a marqué l’histoire de la cavalerie française au début de la Grande Guerre par un exploit peu ordinaire, une action épique constituant en quelque sorte le baroud d’honneur de l’arme appelée à disparaître des champs de bataille, la cavalerie, contre l’aviation, fer de lance des armées modernes. Dans la nuit du 9 au 10 septembre 1914, le 2ème escadron du 16ème dragons, commandé par le lieutenant Gaston de Gironde, revenant d’une reconnaissance dans les lignes allemandes, attaqua une escadrille de huit avions Aviatiks allemands parqués près du village de Vivières (Aisne). Un peloton chargea à cheval avec à sa tête le lieutenant Gironde qui devait tomber mortellement touché et deux autres à pied, le 4ème restant en appui. Selon les sources, les avions ont été soit détruits soit partiellement endommagés, au prix de lourdes pertes chez les dragons.


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(Collection Frédéric Conrad)

Mais revenons quelques semaines en arrière, en juillet 1914, lorsque le peintre militaire Pierre Benigni étudia la fanfare de ce régiment à Reims, étude dont il rendit compte dans le n°3 de la 15ème année du Passepoil, la célèbre revue dirigée par le commandant Bucquoy. Le 16ème régiment de dragons comptait alors à la 5ème division de cavalerie indépendante et comportait une fanfare se permettant quelques fantaisies. Les trompettes étaient remontés en chevaux alezans et portaient la tenue réglementaire de la troupe (tunique bleu foncé à collet blanc orné d’une patte bleue avec numéro du régiment rouge, patte blanche aux parements, boutons d’étain, pantalon garance à passepoil latéral bleu foncé, casque identique aux cuirassiers sans le marmouset). Mais ils se distinguaient par le galon de fonction tricolore à losanges au collet et aux parements et par la crinière rouge au casque.

Comme aux temps anciens où les dragons se souvenaient qu’ils étaient à l’origine une troupe servant à la fois à cheval et à pied, la fanfare comportait aussi deux tambours. En colonne par quatre, ils se trouvaient placés à la gauche, l’un au deuxième rang, l’autre au troisième rang. Pendant les batteries, le cheval de chaque tambour était conduit par le trompette se trouvant immédiatement à sa droite qui tenait dans sa main gauche une des deux rênes. Ces tambours étaient emmenés en manœuvre. La caisse-claire tarole, de la forme plate habituelle, avait environ 17 centimètres de hauteur sur 30 de diamètre. Contrairement à d’autres corps de cavalerie qui en étaient dotés et où la caisse était fixée à la selle, elle était portée au 16èmedragons par le cavalier comme dans l’infanterie, avec un baudrier assez court en cuir noir, avec anneau et porte-baguettes en cuivre, bretelles de caisse en cuir noir fixées aux tirants. Les baguettes noires étaient garnies en métal blanc.
En tenue de parade, les trompettes étaient ornées d’une flamme de 33 centimètres de haut sur 31 de large, frange non comprise, à fond écarlate (et non garance) à ornementation blanche, découpée par le bas à trois pointes. Elle était bordée sur trois côtés par une frange et un double galon, le bord supérieur ne comportant qu’un seul galon. L’ornement central consistait en deux lances croisées, liées par un nœud de ruban, avec une grenade au-dessus et le numéro du régiment au-dessous. Un mince liseré écarlate était visible tout autour du tablier. Les deux faces étaient semblables. Cette flamme était attachée à l’instrument par trois cordons blancs et elle pendait à droite en dehors du bras du trompette. Certes, les dragons étaient à cette époque dotés de la lance. Mais ce n’est pas l’explication de l’ornementation de cette flamme de trompette. Le 16ème régiment de dragons est un régiment à « double héritage » : héritier d’une part du 16èmedragons, ci-devant régiment des dragons d’Orléans levé en 1718 et dissous en 1815 ; d’autre part du 4ème régiment de chevau-légers lanciers créé en 1811, devenu lanciers de Monsieur en 1814 et 4èmerégiment de lanciers en 1815, passé dans l’arme des dragons en 1871 avec le n°16. En 1833, les trompettes du 4èmelanciers avaient reçu une flamme d’un modèle tout à fait identique à celui décrit ci-dessus hormis le numéro, dont un exemplaire figurait dans la collection de l’érudit et dessinateur Jules Rouffet.

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Fanfare du 16ème régiment de dragons, 1914, par Pierre Bégnini.
(Collection Frédéric Conrad)

Il existait un modèle de flamme plus simple en usage vraisemblablement lorsque les trompettes sonnaient dans leurs escadrons respectifs et qui fut le seul modèle utilisé durant toute la guerre. Nous en connaissons deux exemplaires dont l’un a appartenu au trompette Chaudorge tué le 26 août 1914 alors qu’il accompagnait en reconnaissance le lieutenant Dampierre du 1er escadron. Bien que lui-même sérieusement blessé, Dampierre recueillit cette flamme et son petit-fils en a fait don ultérieurement à la salle d’honneur du régiment. De mêmes couleurs que la flamme de grande tenue mais un peu plus petite en dimensions, elle n’est bordée de tous côtés que d’un seul galon plus étroit, ornée au centre d’une grenade surmontant le chiffre 16. Le cordon et les glands étaient tricolores.Quant à la caisse-claire, elle était recouverte en grande tenue d’un tablier semblable pour les couleurs à la flamme de trompette. Ce tablier ne faisait pas le tour complet de l’instrument et laissait libre la partie où la caisse touchait à la sacoche. Les ornements consistaient en un galon bordant les pourtours supérieur et inférieur, avec liseré écarlate, et une frange au bas seulement. Au milieu de l’étoffe, se trouvaient une succession de lances croisées et de grenades.
Le trompette-major portait la même tenue, avec le galon de fonction argent au collet et aux parements et les galons de grade argent en chevron au-dessus de chaque parement. Il arborait un plumet tricolore au casque comme membre du petit état-major du régiment. Il était doté d’une flamme semblable à celle des trompettes mais tous les ornements étaient en argent au lieu de blanc et les galons étaient traversés dans leur longueur d’une ligne écarlate.

Nous pouvons préciser qu’il s’agissait d’Alphonse-Armand Cornu, né le 20 mai 1878 dans le département de la Seine, entré au service le 15 novembre 1899 et maréchal des logis trompette-major le 16 novembre 1907.

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Trompettes (avec instrument à pistons) du 16ème régiment de dragons, Cambrai,188..
(Collection Frédéric Conrad)
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Brigadier trompette du 16ème régiment de dragons, Reims, 25 mars 1904.
(Collection Frédéric Conrad)
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Maréchal des logis trompette-major Alphonse Cornu.
(Collection Frédéric Conrad)
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Les trompettes du 16ème régiment de dragons à Reims, 191..
(Collection Frédéric Conrad)
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(Collection Frédéric Conrad)
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(Collection Frédéric Conrad)
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Marche composée par Alphonse Cornu, dédiée au colonel Pierre Millard, commandant le 27ème régiment de dragons.
(Collection Frédéric Conrad)
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(Collection Frédéric Conrad)
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Charge composée par Frédéric Conrad,
enregistrée par la musique des sapeurs-pompiers de Paris,
direction Dominique Fiaudrin.

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