La fanfare du 9ème régiment de hussards
à la Belle Époque


par Frédéric Conrad.

Le 9ème hussards fait partie de ces régiments qui ont eu un historique un peu complexe. Son origine se situe au 25 mars 1793, date à laquelle la Convention décréta que le corps des « hussards de la liberté », levé à Paris en septembre 1792, fût incorporé officiellement parmi les régiments de hussards sous le numéro 10. Comme ses prédécesseurs, le 4 juin 1793, le 10ème hussards gagna un rang et devint le 9ème hussards. Lors de la campagne d’Espagne, trois de ses escadrons (2ème, 3ème et 4ème) formèrent un 9ème régiment de hussards bis, de janvier 1812 à février 1813, date à laquelle il prit le n°12. Le 9ème régiment de hussards lui-même fut dissous après la campagne de France le 12 mai 1814 et ses restes versés dans le régiment de Berry-hussards (n°6). Ce n’est que le 27 septembre 1840 que réapparut un 9ème régiment de hussards qui fut de nouveau dissous le 4 mai 1856. Après la chute du Second Empire, le ci-devant régiment des Guides de la Garde impériale fut intégré dans les rangs d’un nouveau 9ème régiment de hussards le 4 septembre 1871. Encore une fois, le 9ème hussards fut dissous à Chambéry en 1921, encore une fois il fut recréé en 1944, puis de nouveau dissous quelques mois plus tard. Le 20 mai 1956, un 9ème régiment de hussards fut de nouveau créé pour combattre en Algérie et le 1er juin 1964 il devint le 18ème régiment de dragons. Un mois plus tard, un 9ème régiment de hussards fut reformé à partir du 1er régiment de spahis algériens. En 1979, sa dissolution a été de nouveau décrétée... définitivement sans doute cette fois.


photo
(Collection Frédéric Conrad)

De 1892 à 1913 le 9ème régiment de hussards tient garnison à Marseille ; depuis 1898 il est placé sous le commandement du colonel Devezeaux de Rancougne. Une photo de groupe prise à Marseille en 1902 nous montre toute la fanfare de ce régiment. Étant mis à part le trompette-major figurant au centre (sur lequel nous reviendrons plus loin) et un trompette à l’extrême gauche qui portent la tunique modèle 1900, tous les membres de la fanfare sont vêtus de l’ancien dolman du modèle 1884. Il est en drap bleu céleste avec un collet de même orné de deux pattes de drap du fond découpées en accolade portant le numéro du régiment rouge garance. Le collet, l’ouverture du devant et le bas du dolman sont bordés d’une tresse de laine blanche. Cette tresse forme neuf brandebourgs sur trois rangées de boutons en étain. De faux parements sont encadrés de cette même tresse formant une petite boucle à la pointe. Dans le dos, les coutures sont couvertes par cette tresse qui part à l’arrière de chaque emmanchure et se termine au bas du dolman en une patte d’oie dont chaque brin forme un petit trèfle à son extrémité. Sur les épaules, une double tresse est attachée à un petit bouton d’étain cousu près de l’encolure. L’uniforme est complété par l’ample pantalon garance passepoilé de bleu sur la couture extérieure et garni d’une basane noire formant fausses-bottes.

La coiffure est le shako modèle 1872, en feutre bleu ciel, à mentonnière de cuir noir et jugulaire en gourmette de laiton. Il est garni au pourtour supérieur d’un galon blanc et sur le devant, sous la cocarde tricolore, d’une soutache blanche dessinant une hongroise. Ce shako est orné d’un plumet retombant en plumes de coq « vert-noir ». Pour les trompettes, le galon tricolore de fonction, du modèle dit « au boisseau » propre à la cavalerie légère, couvre le collet et double la soutache du parement. Les élèves trompettes, nombreux sur la photo de groupe, ne portent pas ce galon de fonction et le dolman est entièrement identique à celui de la troupe.

La flamme de trompette est résolument rectangulaire, à bordure dentelée et ornée en son centre de l’étoile à huit pointes devenue l’un des emblème< de la subdivision d’arme des hussards. Si l’on en croit les tons de gris de la photo, la bordure serait rouge avec l’étoile bleu ciel sur le fond blanc; on distingue deux sortes de franges, gris clair donc sans doute bleu ciel et gris plus soutenu correspondant au rouge. Le cordon et les glands sont tricolores.

Le brigadier-trompette, qui figure au centre de la photo à la droite du trompette-major, porte deux galons garance au-dessus du galon de fonction, tandis que le joueur d’hélicon, à l’extrêmedroite, porte un galon de cavalier de 1ère classe.À cette époque, il semble que le 9ème ait été le seul régiment de hussards à avoir un timbalier, lequel figure sur notre photo de groupe, avec les timbales posées sur des trépieds de ferronnerie. A noter que sur cette photo il s’agit d’un élève trompette alors qu’une photo présentant le timbalier à cheval montre un trompette avec son galonnage de fonction 1. Les tabliers de timbale sont constitués de plusieurs éléments en forme de demi-lunes se chevauchant ; selon les tonalités de gris des photos en noir et blanc et les témoins de l’époque, on peut reconstituer l’emplacement des couleurs blanc, bleu et rouge. Ces éléments sont bordés d’un galon dentelé blanc pour les parties rouges et bleues ou rouge pour les parties blanches, avec une frange tricolore. La demi-lune centrale supérieure, rouge, est frappée des caractères « 9.H » en blanc. Les demi-lunes inférieures sont ornées chacune d’une étoile à huit pointes de la couleur du galon de bordure. La photo représentant le timbalier à cheval montre une monture à robe baie, comme pour les trompettes selon une carte postale montrant la fanfare à la même époque à Marseille. Ce timbalier ne participait qu’aux « retraites du samedi soir » en ville mais non aux cérémonies officielles. Il a été supprimé en 1906.

On remarque, au côté du timbalier, un joueur de cymbales. D’autre part, nous voyons six trompettes qui ont déposé leur instrument pour jouer du fifre.Au centre de la photo de groupe se tient le trompette-major. Il s’agit de Léon-Xavier-Jean Grey, né le 2 septembre 1872 en Seine-et-Oise. Entré au service le 2 octobre 1890, il est nommé maréchal des logis trompette-major le 5 décembre 1899. Il reçoit la médaille militaire en 1908 et figure toujours à l’effectif du 9ème hussards en 1911. Dès 1902, tous les membres de la fanfare étant encore revêtus de l’ancien dolman, il est déjà doté de la tunique prescrite par la loi du 22 décembre 1900 fixant la nouvelle tenue de l’armée française et décrite par l’instruction du 2 septembre 1901. Fermée par neuf boutons demi-grelots, cette tunique comporte des parements droits avec patte à trois boutons et est dotée de trèfles d’épaules.

Les galons de grade, en argent « à lézarde », sont disposés en pointe au-dessus du parement. Le galon de fonction du trompette-major est en argent « à cul de dé » en bordure du collet et des parements. On remarque que le galon du maréchal des logis trompette-major Grey fait un retour en équerre devant la patte de parement contrairement aux prescriptions réglementaires. Notons également que ce trompette-major porte un plumet tricolore. Dans Fanfares des troupes à cheval, le commandant Bucquoy fait remarquer que selon le règlement qui sera confirmé en 1907, le trompette-major et le brigadier-trompette doivent porter le plumet vert-noir; ce n’est qu’à partir de 1903 lorsque des trompettes-majors seront promus au grade d’adjudant qu’ils pourront porter le plumet tricolore qui correspond non plus à leur fonction mais à leur grade. Et le commandant Bucquoy d’ajouter que « si un maréchal des logis trompette-major portait le plumet tricolore dans la cavalerie légère, il ne pourrait s’agir que d’une fantaisie passagère tolérée par un chef de corps. » Tel semble donc être le cas au 9ème hussards.Le harnachement comprend la selle d’armes du modèle 1874 modifié en 1894, posée sur une couverture pliée en quatre, de drap bleu ciel, avec des sacoches de cuir naturel à la place des fontes. Le manteau bleu ciel est roulé et attaché derrière le troussequin. La bride est aussi en cuir naturel, du modèle adopté depuis 1875, avec la bouclerie en laiton.

Si Lamotte, sur sa gouache, a esquissé un tapis de selle bleu ciel galonné de garance, identique à celui utilisé par les officiers en grande tenue, son usage est douteux puisque, sur une carte postale montrant la fanfare un jour de fête avec les chevaux « décorés » de rubans dans la crinière, les trompettes n’ont que la couverture sous la selle.

photo
Les trompettes du 9ème régiment de hussards, Marseille, 1902.
(Collection Frédéric Conrad)
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Timbalier du 9ème régiment de hussards, Marseille, 1902.
(Collection Frédéric Conrad)
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Timbalier du 9ème régiment de hussards, Marseille, 1902.
(Collection Frédéric Conrad)
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Les trompettes du 9ème régiment de hussards, Marseille, 1902.
(Collection Frédéric Conrad)
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Les trompettes du 9ème régiment de hussards, Marseille, 1902.
(Collection Frédéric Conrad)
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Les trompettes du 9ème régiment de hussards, Marseille, 1912.
(Collection Frédéric Conrad)
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Les trompettes du 9ème régiment de hussards, Marseille, 1914.
(Collection Frédéric Conrad)
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Trompette de hussards, 1885,
par Maurice Toussaint.
(Collection Frédéric Conrad)
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Les trompettes du 9ème régiment de hussards, 1902,
par Gabriel Chefson dit Lamotte.
(Collection Frédéric Conrad)
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Timbalier du 9ème régiment de hussards, 1902,
par Gabriel Chefson dit Lamotte.
(Collection Frédéric Conrad)
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Timbalier du 9ème régiment de hussards, 1904,
par Henri Feist.
(Collection Frédéric Conrad)
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Marche composée par Frédéric Conrad.

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