L'école des trompettes


par Cyr Darnoc de Saint-Mandé.

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(Collection Frédéric Conrad)

Par ordonnance du 1er juin 1733, une école de trompettes est créée à l'hôtel des Invalides ; elle est supprimée le 31 octobre 1766.

C'est Pierre-Laurent Willig, ex-premier trompette des houzards de Turpin (ancêtre du 2ème régiment de hussards), « maître-trompette pensionné de la cathédrale de Strasbourg et musicien de toutes sortes d'instruments », qui fut nommé, en 1744, directeur de l'école de trompette établie au Fort de Pierre, en Alsace. Les élèves prenaient l'engagement de servir huit ans et apprenaient à sonner le « bruit de guerre » selon l'ordonnance.
Une ordonnance du 17 mars 1788 licencie cette École.

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Ordonnance du 17 mars 1788.
(Collection Frédéric Conrad)

Après la tourmente de la Révolution, une école d'instruction des troupes à cheval recueillit à Versailles en 1798 les débris de la grande écurie qui, doublée à partir de 1799 des annexes de Lunéville et d'Angers, fonctionna jusqu'en 1809, date à laquelle l'Empereur créa à Saint-Germain une école militaire spéciale de cavalerie. Celle-ci, malgré de nombreuses vicissitudes, fonctionna jusqu'en 1814.

Il existait depuis 1796 à Paris, faubourg Saint-Denis, une école nationale de trompettes, qui fut transférée à Versailles, à la grande écurie, le 13 nivôse an VII (2 janvier 1799) sous la qualification d'école nationale de musique militaire ; on y enseignait le cor, le basson, la clarinette, la trompette, l'équitation, l'écriture et les exercices militaires. Sa réunion à l'école d'équitation date d'un arrêté des consuls du 27 vendémiaire an IX (19 octobre 1800) qui lui donne le nom d'école d'instruction de musique militaire. Le commandant de l'école des trompettes fut le capitaine Domme.

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Décret de la Convention nationale du 14 Brumaire, an II, ordonnant le rétablissement de l'école des trompettes à Paris.
(Collection Frédéric Conrad)

Par arrêté du 14 ventôse an XI (5 mars 1803), elle reprend son ancienne appellation et quitte Versailles pour venir en garnison à Saint-Germain-en-Laye, où elle restera jusqu'au licenciement de l'école en 1814. Les élèves devaient être âgés de seize à dix-huit ans ; ils étaient admis parmi les enfants de troupe pour effectuer une scolarité de deux ans. Cette école était composée d'un commandant, de six instructeurs, de trois sous-officiers surveillants et de soixante élèves.

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(Collection Frédéric Conrad)

David Buhl, aussi bon musicien que brave soldat, dut à son talent précoce d'entrer dès l'âge de dix ans comme trompette dans la compagnie d'honneur. Il devint ensuite l'un des premiers élèves de Bernard Sarrette. Musicien de la garde consulaire, il reçoit la charge d'instructeur à l'école spéciale instituée à Versailles en 1805. Il y forma, dit-on, plus de six cents musiciens pour nos armées et propagea son enseignement par la publication d'une méthode longtemps demeurée classique.

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par Jacques-Marie Onfroy de Br²eacute;ville dit Job
(Collection Frédéric Conrad)
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par Jacques-Marie Onfroy de Bréville dit Job(Collection Frédéric Conrad)

La Restauration ne peut être citée comme une époque de grandeur pour l'art de la musique aux armées. On attachait cependant une grande importance aux sonneries réglementaires. Lors de la réorganisation de l'école de cavalerie de Saumur, une école de trompettes est annexée en 1825.

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(Collection Frédéric Conrad)

Le général Antoine-Fortuné de Brack, pendant son commandement, avait monté l'école des trompettes sur un pied extraordinaire. Il avait fait venir de son brillant régiment, le 4ème de hussards, un chef de musique, Bruck, qui, pendant plus de vingt ans, a dirigé cette école d'une manière remarquable. Il était adjudant, avait sous ses ordres deux trompettes-majors, plusieurs maréchaux des logis et brigadiers-trompettes professeurs. Il y avait cent vingt élèves, ce qui permettait d'avoir à l'école une excellente musique toujours composée de près de cinquante à soixante exécutants. Bruck n'était pas commode. Les coups de « tampon » de grosse-caisse pleuvaient avec les coups de cravache.
C’était surtout au carrousel qu’il fallait entendre cette musique, qui enlevait chevaux et cavaliers, parce qu’elle savait adapter ses morceaux aux allures et aux exercices.
Les petits trompettes entraient à l'école à douze ans. On raconte qu'ils prenaient les chats saumurois pour les faire cuire dans leurs poêles! Que d'anecdotes il y aurait à raconter sur la vie militaire de ces bambins, qui ne se laissaient jamais marcher sur les pieds et ont tous fait correctement leur chemin ! C'est en 1853 que le cours de l'école des trompettes est supprimé.

Créée en 1945, à l'école d'application de l'arme blindée et de la cavalerie de Saumur, une école de trompettes-majors pour la cavalerie, le train et l'artillerie est confiée à l'adjudant-chef Roger Caillé. Ce cours national des trompettes-majors, placé par la suite sous la direction de l'adjudant-chef Fernand Mutteau en 1958, est dissous en 1966.

À partir de cette date, les candidats de ces trois armes suivent leur instruction au centre de formation et de perfectionnement des sous-officiers de l'armée de terre à Rueil-Malmaison, devenu conservatoire militaire de musique de l'armée de terre depuis le 1er juillet 1978.
Mêlés aux autres armes de l'armée de terre, cavaliers, conducteurs et artilleurs reçoivent alors une instruction semblable aux fantassins lors des stages préparant aux certificats techniques « option batterie » du premier et second degré.

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Fanfare de l'école d'application de l'arme blindée cavalerie.
Maréchal des logis trompette Éric Conrad, Saumur 1978.
(Collection Frédéric Conrad)

À compter de 1988, en application de la réforme du 2 juin 1987, ces mêmes personnels vont abandonner la canne du tambour-major, le tambour et le clairon pour se consacrer à l'instruction plus spécifique des fanfares de trompettes du type « arme blindée cavalerie ».

Plus tard, seule une instruction du type « harmonie » sera dispensée à l'ensemble des musiciens de l'armée de terre par le conservatoire militaire de musique de l'armée de terre de Versailles-Satory. Les cours « trompette-major » comme les cours « tambour-major » auront donc disparu de notre armée de terre !

À Saumur, histoire d'avoir bonne conscience après la dissolution de la fanfare principale de l'arme blindée cavalerie en 1999, le général commandant l'école d'application de l'arme blindée cavalerie instaurera quelques stages pour « trompettes de cavalerie », stages supprimés à l'arrivée de son successeur en 2000.

En 2003, le nouveau général sensible au problème fit mettre sur pied quelques trompettes pour assurer le cérémonial militaire. Ces derniers devaient servir d'embryon pour la constitution d'une fanfare ! Au bout du compte, il n'y aura pas de fanfare et le groupe de trompettes tombera rapidement en désuétude. On ne pouvait faire mieux pour la disparition des derniers trompettes de l’école de cavalerie.
La médiocrité a, hélas, encore une fois triomphée dans l'arme blindée cavalerie !

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École d'application de l'arme blindée cavalerie.
Maréchal des logis trompette Frédéric Conrad montant Fintilla.
(Collection Frédéric Conrad)
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École d'application de l'arme blindée cavalerie.
Maréchal des logis trompette Frédéric Conrad montant Fintilla.
(Collection Frédéric Conrad)

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