Le manège Battesti
du quartier des Célestins


par Frédéric Conrad.


C’est sur l’emplacement d’un ancien couvent, qui avait été occupé par les congrégations de l’ordre des Célestins puis des Cordeliers, que la municipalité de Paris a envisagé en 1875 la construction d’un édifice adapté à recevoir des militaires et leurs montures. Sur les plans de l’architecte Jacques Hermant, un nouveau quartier fut bâti entre 1893 et 1905 sur une surface de 4 hectares, dont le plan général est établi en fer de lance et dont la façade principale donne sur le boulevard Henri IV (percé en 1871), à deux pas de la place de la Bastille. Ce quartier se devait d’être doté d’un manège permettant le travail des chevaux à l’abri des intempéries.


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Vue aérienne du quartier des Célestins, Paris.
(Collection Frédéric Conrad)

La structure métallique du toit a été réalisée par Gustave Eiffel en même temps que la célèbre tour qui porte son nom et présentée sur le Champ-de-Mars pour l’exposition universelle de 1889. Ce manège a été implanté à son emplacement actuel en 1892 et s’intègre parfaitement dans le plan d’ensemble. Les dimensions intérieures au sol du manège sont de 53 mètres sur 22. Sur le fronton situé au-dessus de l’entrée principale du manège, un bas-relief signé par le sculpteur André Allar (1845-1926) représente symboliquement un homme maîtrisant des chevaux en liberté, dans un style imitant le bas-relief de Robert Lorrain à l’hôtel de Rohan (1736).


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Fronton du manège Battesti d'André Allar, par Pierre Conrad.
(Collection Frédéric Conrad)

Des travaux ont été entrepris en 2016 pour sa rénovation, avec recours au mécénat, le programme comprenant ravalement, éclairage, sonorisation et reconstruction des tribunes aux normes d’accessibilité au public. Les cavaliers ont pu investir dès le 16 mai 2019 le nouveau manège qui a été officiellement inauguré le 11 juin par M. Castaner, ministre de l’Intérieur. Ce manège a reçu le nom de Battesti, ancien officier de la garde républicaine, tué à l’ennemi en 1914.

Le général Jules Battesti (1858-1914)

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Chef d’escadron Jules Battesti, quartier des Célestins, Paris, 1905.
(Collection Frédéric Conrad)

Jules Augustin Williams Léon Battesti est né à Gravelines (Nord) le 6 avril 1858, fils de Jacques Augustin Battesti, un lieutenant au 16ème régiment d’infanterie originaire de Polveroso, village des montagnes de Haute-Corse, et de Zoé Flavie Idrag Grady, native de Boulogne-sur-Mer. Après des études au Prytanée militaire de la Flèche, il intègre l’École spéciale militaire de Saint-Cyr le 30 octobre 1877. Il en sort en 1879 et il est affecté le 1er octobre au 122ème régiment d’infanterie à Montpellier comme sous-lieutenant. Le 14 septembre 1880, il est muté au 8ème RI à Saint-Omer. Le 29 septembre 1884, il est promu lieutenant et il est affecté au 73ème RI à Béthune. Le 21 octobre 1884, il épouse à Boulogne-sur-Mer Dorothée Céline Ernestine Dubourt qui lui donne trois filles, Louise Félicie Augustine (1885-1953), Andrée (1888-1975) et Dorothée (1907-1972). Le 29 novembre 1884, il est muté à sa demande dans la gendarmerie, d’abord à la compagnie de gendarmerie du Cher, à Bourges, puis le 21 janvier 1886 à la compagnie du Pas-de-Calais. Le 25 septembre 1890, il intègre le régiment d’infanterie de la garde républicaine. Il passe capitaine le 12 février 1892 et est muté à la compagnie de gendarmerie des Bouches-du-Rhône, à Arles. Le 30 décembre 1892, il est muté à la compagnie de gendarmerie du Vaucluse, à Avignon. Il est placé hors cadre afin de suivre le stage d’état-major à la place d’Épinal, du 17 décembre 1892 au 30 avril 1894. Le 5 octobre 1895, il est affecté à la compagnie de gendarmerie de la Seine-Inférieure, au Havre. Le capitaine Battesti fait campagne en Algérie du 14 octobre 1899 au 14 mai 1900 en qualité d’officier d’ordonnance du général commandant la division à Oran. Il reçoit la Médaille coloniale avec agrafe Sahara.

Il est nommé chef d’escadron le 24 avril 1900 et rejoint la compagnie de l’Indre. Le 26 juin 1901, il est détaché au cabinet du colonel directeur de la cavalerie et le 12 juillet, il prend le commandement d’un escadron de cavalerie de la légion de la garde républicaine. A son arrivée au corps, il est noté son signalement : « cheveux et sourcils châtains, yeux châtains, front découvert, nez moyen, bouche moyenne, menton légèrement fosseté, visage ovale, taille de 1 mètre 69 cent. » Il est fait chevalier de la Légion d’honneur par décret du 30 décembre 1901 avec effet du 11 janvier 1902.

De 1904 à 1905, il commande l’école des aspirants de la gendarmerie. Le 24 juin 1906, il obtient le grade de lieutenant-colonel et prend le commandement de la 4ème légion de gendarmerie au Mans, avant de prendre celui de la 11ème légion à Nantes.
Il est promu colonel, le 1er avril 1911, commandant de la légion de gendarmerie à Lille. Le 11 décembre 1912, le colonel Battesti devient inspecteur général du 3ème arrondissement de gendarmerie. A ce poste, il est promu général de brigade le 20 décembre 1913. Le 3 août 1914, le général Battesti prend le commandement de la 104ème brigade d’infanterie au sein de la 52ème division d’infanterie de réserve. La division est déployée du 9 au 13 août autour de Mézières, avec mission de garder les ponts sur la Meuse, de Mézières jusqu’à Givet. Les unités de la division sont engagées lors de la bataille de la Meuse le 28 août autour de Frénois et de Donchery, puis se replient le 29 août. Le 2 septembre, à la suite du limogeage du général Coquet, Battesti est placé à la tête de la 52ème division d’infanterie. Il est tué à son poste de commandement pendant le bombardement du 25 septembre 1914, dans la rue de Cernay à Reims.

Il lui est décerné la croix de Guerre 1914-1918 avec palme de bronze, à titre posthume, avec cette citation à l’ordre de l’armée le 6 juillet 1918 : « en pleine bataille de la Marne, fit preuve de brillantes qualités d’énergie, d’une froide bravoure et un complet mépris du danger, restant jours et nuits au milieu de ses troupes les plus avancées à la ligne. Chargé de missions offensives au nord-est de Reims, toujours au péril de sa vie, trouva une mort glorieuse sur le champ de bataille le 25 septembre 1914. » Reconnu « mort pour la France », il fut inhumé au cimetière de l’Ouest à Reims avant sa translation au cimetière de l’Est à Boulogne-sur-Mer.

Pour les gardes qui y passent ds heures de travail à cheval, le manège qui porte son nom est devenu « l’enfer Battesti ».

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La fanfare de cavalerie dans le manège Battesti, le 17 novembre 1974.
(Collection Frédéric Conrad)
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Galop composé par Éric Conrad.
Enregistré par la musique des sapeurs-pompiers de Paris,
direction Dominique Fiaudrin.
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Fanfare composée par Frédéric Conrad.
Enregistrée par Benoist Pipon.

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