Instruction pour des Tambours et Diverses Batteries de l'Ordonnance 1756

par Axel Chagnon

Instruction pour les Tambours (texte original)

Les Tambours après avoir serré les cordes de leurs Caisses, accordent leur timbre de façon qu'il ne rend qu'une vibration par chaque coup de Baguette.
La Caisse doit être portée un peu de biais, de sorte que le gros touche le joint de la hanche gauche, et par devant que le bord aboutisse aux boutons de l'habit, deux pouces au dessus du Ceinturon ; de cette manère le Tambour aura la Cuisse gauche libre pour marcher, et le bras gauche ne sera point gêné pour battre.
Il faut tenir la baguette droite serrée à pleine main ; c'est-à-dire, tous les doigts fermés.

Un tambour au XVIIIe siècle ; Bibliothèque nationale de France,
département Estampes et photographie, RESERVE FOL-DB-15 (D, 2)

La Gauche doit être tenue du pouce et des deux premiers doigts qui l'embrassent, les deux derniers passans dessous ; mais il faut observer que la main reste un peu ouverte, quoi que la baguette soit serrée, afin de pouvoir la mieux enlever.
Les Tambours auront attention en battant, de faire tomber les deux boutons des baguettes au milieu de la peau de Caisse.
Il faut que leurs bras remuent avec aisance, sans affecter de faire de trop grands mouvemens, et que leurs poignets tournent également avec liberté.
Chaque coup de Baguette se désigne par un terme dont le son ressemble au bruit que le coup forme sur la Caisse. On distingue aussi par ces mots les coups donnés de la main droite ou de la gauche ; et par la duretés ou la délicatesse de la prononciation on rend la froce ou la faiblesse du coup.

Les mots qui commencent par un P. marquent les coups frappés fort de la main droite. Cette main étant sous la gauche on en note les coups sur la ligne d'enbas.
on écrit au dessous
La Lettre B. étant moins dure à prononcer et ayant beaucoup d'analogie avec le P. désigne les coups foibles de la même main, et se place acause de cela sur cette même ligne d'enbas.
on écrit au dessous



Les T. marquent les coups appuiés fort de la main gauche, cette main étant au dessus de la droite on en réprésente le coup par une notte qui est dans l'intervale au dessus de la ligne d'enbas.
Ce coup se nomme par consequent
Le D. ayant une prononciation presque pareille, mais plus douce que le T. dé les coups foibles de cette même main et se place pour cette raison dans la même intervalle.
Ce coup se nomme donc



Le Coup double commençé foiblement de la main gauche, fini et appuié sur tout de la droite, se marque ainsi
Il se comme acause de la main droite
Le coup double commencé foiblement de la main droite, fini et appuyé principalement de la gauche, est notté ainsi
Il est appelé acause de la main gauche qui y domine



On nomme Ra ſimple, un roulement de quatre coups de baguette battus fort vite et dont le dernier est le plus marqué ; le 1r de la main droite, les 2e et 3e foibles de la gauche, le 4e très fort de la droite, il se marque ainsi
Il s'écrit de cette sorte

Le Ra double est une grand roulement a baton rompu, c'est a dire deux coups de suite de la mê main, deux de la droite, deux de la gauche, ainsi de suite
Voicy la fa&ccecil; de le notter
On l'écrit de cette manière



Le Roulement qu'une partie des Tambours fait tandis que l'autre bat l'ordonnance est exprim&eaucte; par un zigue zague sur la 3e ligne d'enhaut
il se notte de la façon suivante (dans les retranscriptions, le roulement est écrit sur une deuxième portée de tambour).



On commence toujours un Ra de la main droite et il se finit aussi par un coup fort de la même main droite.
Quand les coups sont alternativement de la main droite et de la gauche, on les compte et l'on dit: les Cinq, les Sept, les Neuf coups, &tc. C'est ce qu'on appelle battre a baton rond.

Les Tambours Majors auront soin desormais en instruisant les tambours de se servir de ces termes, et de leur faire faire l'Ecolle en marchant, car il n'y aura que le pas qui leur donnera une cadençe égalle.
Il faut toujours partir du pied gauche et finir de marcher par le pied droit. Le Tambour Major commandera dabord Marche, afin que tous les pieds gauches se levent, et tous de suite il fera commencer a battre, quand les pieds gauches seront prets a être posés a terre.
On doit toujours Observer la même cadençe, dans les divers batteries ; Chaque pas devant durer une seconde ; ainsi on en fera soixante en une minute. Mais dans la Charge, qui sert au Pas redoublé, on en fera aisément cent vingt dans la minute.

Tambour-major et tambours des Gardes françaises, époque Louis XVI.

Cet Article très important que toutte l'infanterie batte et marche sur la même cadençe, est plus façle qu'on ne croit.
Pour conserver cette cadençe toujours égale, les Tambours Majors exerçeront leurs tambours a passer sans interruption d'une batterie a l'autre, comme de la Generalle a l'Assemblée, l'Appel &c. Le Tambour de la droite du 1r Rang sur le pas du quel les autres se reglent donnera le mouvement.
Les Tambours Majors feront toujours cesser les Tambours de battre par un Ra ſimple qui tiendra lieu du dernier coup de baguette.

generalle
assemblee
appel
drapeau
marche
charge
retraite
priere
breloque
ban
ordre
enterrement




Lien vers l'historique de l'ordonnance

Analyse

Ces partitions sont une révolution dans le milieu musical militaire ! Pour la première fois, des signaux officiels communs à toutes les armes de l'infanterie sont transmis dans une écriture musicale moderne.

Couverture de la version royale

En premier lieu, on remarque la différenciation des coups main gauche et main droite par rapport à la portée avec toutes les hampes dans un même sens ; puis l'écriture détaillée des différents rudiments. Même si cela se retrouvait déjà dans le recueil de Philidor l'aîné, ils subsistaient toujours des incohérences ou incompréhensions. Et il faudra attendre la méthode de tambour, Ecole du Tambour - Méthode pour apprendre à battre la caisse de l'éditeur CARNAUD Jeune en 1870, pour retrouver ce détail ; et seulementla deuxième moitié du XXe siècle pour les ordonnances militaires officielles ! Les autres méthodes de tambours du siècle suivant, hormis celle cité avant, vont même régresser dans la façon d’écrire le tambour (un rat de cinq, quatre coups anglais écrit litteralement, etc…)
En histoire de la musique, on suggère que le premier compositeur à inscrire la vitesse d'exécution d'un tempo par rapport à la vitesse de la seconde est Beethoven, aidé par l’invention de son ami Maelzel : le métronome. Cela se passe au début du XIXème siècle. Auparavant il y avait seulement des indications telles que Moderato, Allegro. Pourtant au début de chaque batterie, un tempo par rapport à la vitesse de la seconde est déjà indiqué : un pas par seconde, deux pas par seconde que l’on pourrait faire correspondre à noire = 60 ou 120 par exemple... L'indication du pas par rapport à la battue est aussi une révolution dans la céleustique. C'est à ma connaissance, la seule partition existante avec ce type d'indication.

Autre importance, l'indication qu'un quart des tambours devaient rouler pendant la batterie. Ces roulements, indiqués par une ligne de vibrato, permettaient aux militaires de se repérer dans le nombre des répétitions de la batterie, et permettaient d'instaurer un système de couplet-refrain. L'écriture d'origine ne permet pas de savoir le débit et sa vitesse du roulement. Dans la Charge, le roulement est continu alterne entre forte et piano.
On peut relever quelques petites erreurs dans la partition, comme dans la retraite, avec une mesure à trois temps au lieu de deux.
La façon d'écrire les onomatopées ne permet pas toujours de différencier le « nouveau pas » d'une accentuation. Pour l'Enterrement il n'est pas indiqué si les tambours jouaient voilés, c'est-à-dire avec un crêpe [1] recouvrant la peau, mais on peut le supposer.

Pour le fifre, il n'est pas pécisé quel type d'instrument était utilisé. Les partitions de l'époque laissent supposer à un fifre dont la tonalité serait Ré♭, alors que le hautbois est en Ut. Les deux instruments ne peuvent donc pas jouer ensemble. L’écriture ancienne de la trille n’est pas toujours très claire (attaquer par la note du dessous ou du dessus ?) ; les règle d'écriture musicale n'étant pas encore fixées. Enfin, l’alignement entre les deux systèmes n’est pas précis et soulève des interrogations.

Les batteries telles que le Drapeau, l'Appel, la Marche, la Retraite sont restées quasiment telles quelles dans l'ordonnance française, et peuvent encore être entendues de nos jours lors des différentes cérémonies patriotiques, désormais accompagnées du clairon.


Retour à « Ordonnances - infanterie »